Le président syrien Ahmed al-Sharaa est actuellement aux États-Unis pour rencontrer le président Donald Trump dans le but d’approfondir les relations syro-américaines, de promouvoir un allègement plus large des sanctions et d’officialiser l’entrée de la Syrie dans la coalition dirigée par les États-Unis contre l’Etat islamique.
Al-Sharaa, qui a accédé au pouvoir après avoir dirigé les forces rebelles qui ont renversé Bachar al-Assad en décembre dernier, doit rencontrer le président Trump lundi. Cette visite fait suite à la levée par les États-Unis des sanctions liées au terrorisme contre Sharaa et à la suppression d’une prime de 10 millions de dollars sur sa tête. Il s’agit de la première visite officielle d’un président syrien à la Maison Blanche depuis 1946.
Autrefois commandant en chef du groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS), lié à al-Qaïda, la transformation de Sharaa de chef militant à chef d’État a été rapide et controversée. Le Département d’État a radié HTS de la liste en juillet et a officiellement retiré Sharaa de la liste noire du terrorisme quelques jours seulement avant la visite. Les responsables américains ont cité les progrès réalisés par le gouvernement intérimaire de Sharaa, notamment la coopération dans la localisation des Américains portés disparus et le démantèlement des stocks d’armes chimiques.
La réunion de la Maison Blanche fait suite à une série de contacts de haut niveau entre Sharaa et des responsables américains depuis sa première rencontre avec Trump en Arabie Saoudite en mai dernier. Au cours du week-end, Sharaa a rencontré la chef du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, pour discuter de l’aide à la Syrie, dans le cadre d’un effort plus large visant à obtenir un soutien international pour reconstruire un pays brisé par 13 ans de guerre civile.
Les sanctions poussent

La priorité absolue de Sharaa lors de sa visite aux États-Unis est d’obtenir une abrogation permanente des sanctions. Même si Trump a temporairement levé les restrictions imposées par la Loi César, leur levée définitive nécessite l’approbation du Congrès. Deux propositions concurrentes sont à l’étude : l’une de la sénatrice Jeanne Shaheen appelant à la fin inconditionnelle des sanctions, et une autre soutenue par le sénateur Lindsey Graham liant l’abrogation à un examen semestriel du bilan de la Syrie en matière de droits de l’homme et de sécurité.
Les défenseurs préviennent qu’un allègement conditionnel découragerait les investissements étrangers. Mouaz Moustafa, du Groupe de travail d’urgence syrien, a décrit l’incertitude comme une « ombre suspendue qui paralyse toute initiative pour notre pays ».
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La semaine dernière, le Conseil de sécurité de l’ONU, avec le soutien des États-Unis, a voté la levée des sanctions contre Sharaa et d’autres hauts responsables, signe d’un soutien international croissant.
Coopération antiterroriste
L’un des principaux facteurs du réchauffement des liens est le rôle de la Syrie dans la lutte contre l’EI. Le gouvernement de Sharaa a mené plus de 60 opérations ciblant les cellules dormantes de l’EI dans les grandes villes, dont Damas, Raqqa et Alep. Ces raids ont conduit à des dizaines d’arrestations et ont été présentés comme faisant partie d’un changement plus large vers la stabilité et la lutte contre le terrorisme.
Washington prévoit d’ouvrir une base militaire près de Damas pour coordonner l’aide et surveiller l’évolution de la sécurité, notamment le long de la frontière israélo-syrienne. Sharaa devrait signer officiellement un accord rejoignant la coalition dirigée par les États-Unis contre l’EI.
Même si certains à Washington restent méfiants à l’égard du passé militant de Sharaa, les responsables reconnaissent la nécessité pratique d’une coopération.
Histoire liée au terrorisme
Le passé de Sharaa reste controversé. En tant que haut responsable du HTS, anciennement Front al-Nosra, il était autrefois considéré comme une cible terroriste de premier plan. Les États-Unis avaient offert une récompense de 10 millions de dollars pour toute information conduisant à son arrestation. Cette prime a été retirée à la veille du dégel diplomatique actuel.

Cependant, les actions récentes de son gouvernement intérimaire démontrent un changement idéologique marqué.
Les observateurs affirment que la visite de Sharaa s’inscrit dans le cadre d’un réalignement régional plus large. Des responsables israéliens auraient eu des pourparlers indirects avec des intermédiaires syriens, suggérant que les États-Unis pourraient faciliter une voie diplomatique préliminaire.
Même si aucune négociation formelle n’a encore commencé, la présence d’une base américaine près de Damas pourrait servir de plateforme pour un futur dialogue.
Pari diplomatique
La Maison Blanche présente la réunion comme une étape audacieuse vers la paix régionale. La secrétaire de presse Karoline Leavitt l’a décrit comme « une partie des efforts diplomatiques du président pour rencontrer n’importe qui dans le monde dans la poursuite de la paix ».
Trump a salué Sharaa comme un « dur à cuire » qui « fait du très bon travail jusqu’à présent ». La visite, bien qu’historique, comporte des risques importants. Les alliés des États-Unis surveillent de près la situation, et l’issue pourrait déterminer si la Syrie peut définitivement se débarrasser de son statut de paria ou si le voyage se termine par un échec dans l’obtention de l’allégement radical des sanctions recherché par Sharaa.
Ce qui est clair, c’est que les enjeux sont élevés. Pour Sharaa, ce voyage est bien plus que symbolique : il s’agit d’un test pour savoir s’il peut consolider sa légitimité sur la scène mondiale et assurer la reprise économique dans son pays.






