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Vente de Reins Illégale : Comment le Désespoir Alimente un Marché Noir de plusieurs Milliards d’Euros

Kalai Upazila, au Bangladesh — Dans un village rural niché dans le nord du Bangladesh, un nombre croissant de ses habitants portent le même signe physique : une cicatrice marquant l’endroit où leur rein a été extrait. Baiguni, un village comptant tout juste moins de 6 000 habitants, est devenu tristement célèbre sous le surnom glaçant de « le village d’un seul rein ».

Un rapport récent, publié dans la revue BMJ Global Health, estime qu’une personne sur trente-cinq adultes dans cette région a vendu un de ses organes, faisant de Kalai Upazila l’un des points noirs de l’exploitation dans le commerce illégal d’organes en Asie du Sud.

« Les négociants ont tout pris », raconte Safiruddin, un habitant local qui a vendu son rein après avoir été promis une sortie de la pauvreté. Il n’a jamais reçu la totalité de la somme convenue. Son passeport lui a été confisqué. Même le traitement médical dont il avait besoin après l’opération lui a été refusé.

L’histoire de Safiruddin n’est pas unique. Al Jazeera a interviewé une douzaine de donneurs dans la région, tous victimes du même système : des courtiers exploitants, des documents falsifiés, et des opérations effectuées de l’autre côté de la frontière en Inde.

Un système brisé alimentant une demande mondiale

Cette activité prospère grâce à une équation impitoyable : la pauvreté rencontre la demande. En Inde, plus de 200 000 personnes nécessitent chaque année une greffe de rein, mais seulement 13 600 de ces opérations sont effectuées de manière légale en 2023. Face à cette pénurie, les patients et les intermédiaires se tournent vers le marché noir.

« Ce n’est pas seulement un problème régional, c’est une crise mondiale de santé », affirme le Dr. Moniruzzaman, professeur à l’Université d’État du Michigan et membre d’un groupe de travail de l’OMS étudiant le trafic d’organes en Asie du Sud.

Les hôpitaux indiens — tels que l’Institut de sciences cardiaques Rabindranath Tagore à Calcutta — sont souvent mentionnés dans les témoignages de donneurs. Les courtiers forgent fréquemment des liens familiaux fictifs entre donneurs et receveurs pour contourner les réglementations sur la transplantation. Les passeports sont confisqués, les traces effacées, laissant les donneurs avec des complications médicales à long terme et sans recours juridique.

Le prix du désespoir

Josna Begum, une veuve de 45 ans, a été promise plus de 5 700 dollars pour vendre un de ses reins. Après l’opération, elle n’a reçu que moins de la moitié de cette somme. Les courtiers, explique-t-elle, ont fabriqué des documents pour faire croire qu’elle était liée au receveur.

« C’était une erreur », confie-t-elle. « Mais nous étions désespérés. »

Comme beaucoup d’autres, elle a été clandestinement introduite en Inde via la frontière de Benapole, logée dans des appartements temporaires, opérée dans des hôpitaux privés, sans jamais rencontrer le receveur.

L’absence de responsabilité et d’équité

Ce marché noir est presque impossible à éradiquer, car il manque de contrôle et de poursuites légales. Les courtiers échappent rarement à la punition. Les hôpitaux prétendent souvent ne rien savoir. Les victimes — pauvres, peu instruites et sans papiers — sont réduites au silence par la peur, la maladie et la honte.

« Le commerce des reins continue parce qu’il est rentable pour tous — sauf pour le donneur », explique le Dr. Moniruzzaman.

Et maintenant, que faire ?

Le commerce illégal d’organes en Asie du Sud n’est plus un problème dissimulé. Il s’agit désormais d’une crise transnationale documentée, en pleine croissance, dont le silence mondial ne peut plus durer.

Jusqu’à ce qu’une véritable responsabilisation soit imposée, des villages comme Baiguni continueront de payer le prix — avec leurs corps.

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