La Haute Cour d’Allahabad a acquitté un musulman qui a passé 28 ans en prison pour l’attentat contre un bus dans le nord de l’Inde, jugeant que l’accusation avait « lamentablement échoué » à prouver sa thèse.
Le jugement, rendu le 10 novembre, a ordonné la libération immédiate de Mohammad Ilyas, mettant ainsi fin à près de trois décennies d’emprisonnement pour un crime qui, selon le tribunal, ne pouvait être lié à lui par des preuves légales.
Les deux juges ont statué que les prétendus aveux d’Ilyas ne pouvaient pas être utilisés parce que la loi indienne interdit l’utilisation des aveux faits en garde à vue. En vertu de l’article 25 de la loi sur les preuves indiennes, toute confession faite à un policier ne peut être considérée comme une preuve.
Le tribunal a déclaré qu’une fois les aveux retirés, « il ne reste plus aucune preuve légalement recevable » contre lui. Les procureurs avaient fait valoir que les aveux avaient été faits en présence du père et du frère d’Ilyas et avaient tenté de s’appuyer sur une disposition de la TADA, une loi antiterroriste abrogée en 1995, qui permettait d’accepter les aveux enregistrés par la police. La Haute Cour a jugé que ces dispositions n’étaient plus valables.
Les juges ont également rejeté une cassette audio censée contenir des aveux enregistrés, la qualifiant de peu fiable et d’« inadmissible au regard de la loi actuelle ».
Explosion d’un bus en 1996
L’affaire concerne une explosion survenue le 27 avril 1996, lorsqu’un bus reliant Delhi à Roorkee a explosé peu après être passé devant un commissariat de police à Modinagar, dans le district de Ghaziabad. Dix passagers ont été tués et 48 ont été blessés. Les experts légistes ont découvert que le RDX avait été placé sous le siège du conducteur et avait explosé à distance.
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Les enquêteurs ont affirmé que l’attaque avait été menée par un militant lié à Harkat-ul-Ansar et ont accusé Ilyas d’avoir aidé à l’opération. Mais aucun témoin n’a identifié la personne qui a posé l’engin, et le tribunal a noté qu’il était « pratiquement impossible » de savoir qui avait placé la bombe car elle avait été cachée avant que le bus ne quitte Delhi.
Les déclarations de 34 témoins ont été enregistrées au fil des ans, notamment des passagers, des policiers et du personnel médical. La Haute Cour a déclaré que les témoignages étaient incohérents et qu’aucun n’établissait l’implication d’Ilyas. Plusieurs témoins se sont montrés hostiles ou ont contredit les déclarations antérieures.
Le tribunal a déclaré que le tribunal de première instance avait commis une « grave erreur juridique » en s’appuyant sur les aveux enregistrés par la police et sur la cassette audio. Une fois exclu, « il n’y a absolument aucune preuve contre l’appelant », a déclaré le tribunal.
Renversé le cœur lourd
Tout en annulant la condamnation, les juges ont reconnu la gravité de l’attaque de 1996, mais ont déclaré que la gravité du crime ne pouvait justifier un abaissement des normes juridiques.
« La loi ne peut pas être étendue là où les preuves sont faibles », ont-ils déclaré, critiquant l’accusation pour avoir présenté un dossier dépourvu de « preuves juridiquement solides ».
L’avocat d’Ilyas a salué la décision, affirmant qu’elle était attendue depuis longtemps, tandis que sa famille a exprimé son soulagement après des décennies d’attente. Le tribunal a ordonné à Ilyas de fournir une caution personnelle et deux cautions lors de sa libération.
Les experts juridiques affirment que le jugement met en lumière des préoccupations de longue date concernant les poursuites liées au terrorisme en Inde, en particulier celles impliquant des suspects musulmans. Les groupes de défense des droits ont accusé à plusieurs reprises les agences de sécurité indiennes de s’appuyer sur des aveux forcés et des enquêtes erronées dans des affaires de terrorisme.
Les analystes estiment que le calvaire d’Ilyas est un exemple frappant des conséquences à long terme de la faiblesse des enquêtes et du recours abusif aux accusations de terrorisme. Les militants affirment que cette affaire souligne la nécessité de mesures de protection et de responsabilisation plus solides pour éviter les condamnations injustifiées.






