Le principal leader de l’opposition tunisienne, Rached Ghannouchi, a été condamné à la prison à vie pour des accusations controversées liées au terrorisme.
Le jugement a été rendu hier contre le leader musulman de 84 ans et des dizaines d’autres personnalités liées au Mouvement Ennahda qui combine les principes islamiques et la démocratie.
Un tribunal de Tunis spécialisé dans les affaires de terrorisme a prononcé des peines allant de dix ans à la prison à vie contre 35 accusés accusés d’implication dans ce que les procureurs qualifient d’« appareil secret » d’Ennahda.
Ghannouchi, le leader d’Ennahda et l’une des figures les plus marquantes de l’ère politique tunisienne post-révolutionnaire, a été condamné à perpétuité plus 30 ans supplémentaires. Il est en détention depuis avril 2023.
Son adjoint et ancien ministre de l’Intérieur Ali Larayedh a été condamné à 42 ans de prison.

L’ancien responsable de la sécurité Mustafa Khedher a reçu la peine la plus lourde, une peine d’emprisonnement à perpétuité plus 96 ans.
Plusieurs autres accusés ont été condamnés à des peines allant de 10 à 50 ans. Le tribunal a également ordonné à toutes les personnes condamnées de rester sous contrôle administratif pendant cinq ans après avoir purgé leur peine de prison.
Les condamnations ont été prononcées en vertu de la législation antiterroriste tunisienne. Les accusations comprenaient la formation et l’adhésion à une organisation terroriste, l’assistance à un groupe terroriste et d’autres infractions liées à la sécurité nationale.
L’affaire porte sur des allégations selon lesquelles Ennahda exploiterait un réseau clandestin qui aurait infiltré les institutions de l’État et joué un rôle dans la violence politique. Ennahda a toujours nié ces accusations.
Condamnation de l’opposition
Le verdict a immédiatement suscité la condamnation des défenseurs des droits de l’homme et des personnalités de l’opposition.
L’Observatoire des libertés en Tunisie a qualifié cette décision de « massacre judiciaire et politique » et a accusé les autorités d’utiliser les tribunaux pour régler des comptes politiques.

L’organisation a fait valoir que l’affaire reposait sur des fondations fragiles et reposait en grande partie sur les témoignages de prisonniers, d’accusés dans des affaires sans rapport et d’un témoin secret connu uniquement sous le nom de « Tarek 1 ».
Selon l’observatoire, les procureurs n’ont pas présenté publiquement de preuves matérielles claires reliant chaque accusé aux crimes qui lui sont reprochés.
Il a averti que les lois antiterroristes étaient de plus en plus utilisées contre les opposants politiques sous couvert de sécurité nationale.
Le groupe a également critiqué la fusion de dossiers juridiques distincts et l’application généralisée d’accusations de terrorisme et d’espionnage contre un large éventail de personnalités politiques et d’anciens responsables.
Il a déclaré que la responsabilité pénale devrait être basée sur des actions individuelles prouvées plutôt que sur une affiliation politique ou une association avec d’autres enquêtes.
L’observatoire a appelé les juges d’appel à procéder à un examen complet des preuves et a demandé la publication du raisonnement détaillé du tribunal.
Il a également exigé que tous les accusés bénéficient d’un procès équitable et que les condamnations soient annulées si elles ne peuvent être étayées par des preuves crédibles.
Assassinats
L’affaire trouve son origine dans les assassinats en 2013 des hommes politiques laïcs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, deux assassinats qui ont ébranlé la Tunisie au cours de sa fragile transition démocratique.

Les avocats représentant les familles des victimes affirment depuis longtemps qu’un réseau secret lié à Ennahda était impliqué dans les meurtres et cherchait à influencer les institutions de l’État de l’intérieur.
Ils ont accusé de hauts responsables d’Ennahda, dont Ghannouchi, de diriger ou de superviser ce prétendu appareil.
L’affaire a été relancée en 2022 avant d’être transférée au Pôle judiciaire antiterroriste tunisien en 2023.
Les critiques affirment que les débats ne peuvent être dissociés du climat politique plus large de la Tunisie après la consolidation du pouvoir du président Kais Saied en juillet 2021.
Depuis lors, les hommes politiques de l’opposition, les journalistes, les militants et les critiques du gouvernement se retrouvent de plus en plus confrontés à des poursuites, à des détentions ou à des enquêtes.
Les partisans du verdict soutiennent que l’État a le devoir de découvrir la vérité derrière les assassinats et de demander des comptes aux responsables.
Cependant, les opposants insistent sur le fait que justice pour Belaid et Brahmi ne peut pas résulter de poursuites politiquement motivées ou de témoignages non vérifiés.
Avec des appels attendus, cette affaire restera probablement au centre de la division politique en Tunisie. Pour de nombreux observateurs, le résultat servira de test clé pour déterminer si le système judiciaire du pays agit de manière indépendante ou s’il devient un outil dans une lutte croissante entre l’État et ses opposants.






