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L’islamophobie empêche la compassion envers la Bosnie et Gaza

Alija Izetbegović, premier président de la Bosnie et l’une des figures les plus marquantes de son histoire, aurait déclaré que la haine qu’éprouve l’Occident envers l’Islam et les Musulmans dépasse largement l’amour qu’il porte à la Bosnie. Bien que cette formule ne soit pas attestée dans une source officielle publiée, elle lui est souvent attribuée, et l’essence de cette idée transparaît évidemment dans ses écrits, interviews et discours.

Ce propos aurait été prononcé lors du pic de l’agression menée par la Serbie contre la Bosnie, un pays souverain et démocratique dont la population fut victime de la tragédie de Srebrenica en juillet 1995. Les atrocités commises à cette occasion se sont déroulées dans un contexte marqué par l’indifférence et l’inaction des institutions occidentales. Leur absence d’intervention n’a pas seulement encouragé les actes barbares des Serbes, mais leur a également clairement permis et soutenus dans leur effort de destruction.

Par exemple, même si les Serbes apparaissaient comme une puissance militaire régionale forte — ayant hérité d’une grande partie de leur arsenal et de leur force militaire de l’ex-Yougoslavie, longtemps une des forces militaires majeures en Europe — l’Occident a imposé un embargo sur les armes à toutes les parties concernées lors de la guerre, ce qui a effectivement facilité le massacre, en empêchant toute défense efficace.

De plus, avant le génocide de Srebrenica, la ville avait été désignée comme une refuge sécurisé, protégé par des forces de maintien de la paix de l’ONU. Toutefois, dès que le massacre a commencé, la petite force néerlandaise présente sur place a été réduite, offrant peu de résistance et n’ont pas répondu aux appels à l’aide ou à l’envoi de renforts, qui sont restés sans réponse face à l’indifférence internationale.

Finalement, l’intervention occidentale n’a eu lieu qu’après qu’il ait été évident que la Bosnie, contre toute attente, ne survivrait pas seulement mais finirait par triompher, en repoussant les assauts des Serbes, du Monténégro et des Serbes locaux. Cependant, lorsqu’ils ont décidé d’agir, leurs discours prônaient la paix et la coexistence, en réalité pour sauver les Serbes et empêcher les Bosniaques de remporter la victoire selon leurs propres conditions, leur permettant ainsi de décider du destin du pays en partie par eux-mêmes.

Ce double langage occidental révélait toute la hypocrite grandeur du système : ses masques sont tombés, dévoilant ses véritables intentions. Rien de nouveau : l’Occident n’a jamais été autre chose que lui-même, et ceux qui doutaient de ses bonnes intentions ont dû admettre leur erreur.

L’axe du mal occident-Serbes : un partenariat idéologique

Ce que l’on peut qualifier d’axe du mal entre l’Occident et la Serbie repose sur plusieurs facteurs. Outre la survivance des principaux foyers occidentaux de l’islamophobie — comme la France, les États-Unis ou l’Angleterre — la Serbie et la Serbophobie (partout où qu’elle soit présente) occupent une place primordiale dans ces discours. Leur rôle a été déterminant, égal en importance à celui d’autres acteurs.

Les terres serbes, leur culture et leur pensée ont rapidement été devenues des foyers actifs d’islamophobie, à la hauteur des standards internationaux. Depuis des siècles, ces nations ont continuellement tiré des leçons de leurs homologues européens en matière de rejet de l’Islam, contribuant à un paradigme communautaire d’hostilité musulmane.

Les avant-gardistes de cette islamophobie en Serbie ont prétendu défendre l’Europe chrétienne contre la « menace islamique » (mythe de l’antemurale). En résistants à l’Empire ottoman — et en réitérant régulièrement des massacres de musulmans balkaniques pour éradiquer l’expansion de cette « male », ils ont obtenu la reconnaissance de l’Occident, qui a vu en eux des alliés dans leur propre lutte contre l’Islam. Leur résistance a été suivie d’un renforcement mutuel, qui a conduit à une coopération accrue et à un discours commun.

Un exemple de cette alliance se retrouve dans la historiographie occidentale falsifiée. Leopold Von Ranke, considéré comme un des pères de l’historiographie moderne, a rédigé un ouvrage intitulé « Histoire de la Serbie et de la révolution serbe ». En s’appuyant exclusivement sur des sources serbes islamophobes et des documents déformés, il a présenté la Serbie comme un bastion de la lutte entre la civilisation européenne et le despotisme oriental — entre christianisme et islam.

Selon cette narration, les Serbes, en tant que chrétiens, souffraient ailleurs sous les persécutions des Ottomans, incarnant l’Europe civilisée, face aux barbares musulmans. En adhérant à cette version, Ranke compromettait son intégrité scientifique et ouvrait la voie à une tradition historique biaisée, qui, jusqu’à aujourd’hui, influence encore certaines représentations.

Les trois choix des Bosniaques face à l’oppression

Ainsi, après l’échec de la campagne genocidaire de 1992-1995 contre la Bosnie, durant laquelle les Bosniaques survécurent sur le plan biologique, l’Occident et ses alliés serbes adoptèrent de nouvelles stratégies, qui dans leur essence restent anciennes. Depuis le début de la politique de génocide, les Bosniaques se sont toujours trouvés face à trois options : être tués, se convertir au christianisme (religion de leurs ancêtres), ou migrer vers le monde islamique ou l’Orient, territoire où ils sont naturellement rattachés en tant que Musulmans. L’histoire tragique de la Bosnie après l’Empire ottoman illustre douloureusement ces choix.

Après la défaite de la campagne agressive de 1992-1995, dans laquelle ils ont survécu, la stratégie occidentale et serbe a misé sur deux autres options : l’exil ou la conversion. La fuite est régulièrement encouragée par des menaces de nouveau génocide, la mise en place de systèmes oppressifs qui empêchent tout progrès, des crises économiques alimentant le désespoir et la dépression, ainsi que par une vision sombre d’un avenir où la lutte pour les besoins fondamentaux devient la norme, évitant toute épanouissement culturel ou religieux.

La second choix, la conversion, est systématique. Elle vise à débrancher les Bosniaques de leur identité islamique, culturelle et historique. Détachés de leurs racines, ils sont progressivement incités à adopter les visions du monde occidentales telles que l’humanisme laïque, le libéralisme, le relativisme postmoderne ou encore le matérialisme.

Puisque convertir les Bosniaques au christianisme n’est plus jugé viable, d’autres options, tout aussi destructrices, ont été explorées. Parmi elles, la migration apparaît aussi comme une forme de conversion, dans la mesure où elle encourage leur installation en Occident, où leur mouvement vers les centres de la modernité occidentale est activement soutenu.

L’approche privilégiée consiste en une stratégie de double mouvement : « plutôt qu’aller chez eux, ils viennent chez nous », ce qui permet de traiter simultanément les deux menaces : la migration et la conversion.

C’est pourquoi, alors que la Bosnie reste en marge du soutien et de l’influence des grandes institutions occidentales — économiques, scientifiques, éducatives ou politiques — elle est néanmoins submergée par une culture occidentale dégradée : musique commerciale, divertissement, médias, activités immorales telles que consommation d’alcool, drogues, prostitution ou jeux de hasard. La qualité de vie y est faible, avec des niveaux de pauvreté élevés, des activités débridées et peu contrôlées.

Dans cette optique, la Bosnie rejoint rapidement le cercle des élites occidentales. Sarajevo se targue d’accueillir chaque année une parade LGBT parmi les plus importantes, symbole de leur soi-disant liberté et progrès social. Tout cela dans le but de se conformer à la « modernité » occidentale, au prix de la perte de leurs valeurs traditionnelles.

L’objectif pour les Bosniaques est clair : abandonner leur islam, leur histoire et leur culture afin d’adopter une identité autre, où qu’elle soit. Après une longue histoire de génocides et destructions, la menace ultime qui pèse sur la Bosnie est celle du « culturocide » et du « religio-cide » — la destruction systématque de leur langue, patrimoine, mémoire historique, institutions et symboles religieux.

L’écho de la tragédie bosniaque dans la situation de Gaza

En examinant la situation présente en Palestine, il apparaît que le génocide en cours à Gaza, perpétré par l’entité israélienne illégitime soutenue par ses alliés occidentaux, présente de nombreuses similitudes avec la tragédie bosniaque. Les habitants de Gaza se voient aussi offrir trois options : quitter leur terre, leur maison et leurs espoirs ; se rendre et vivre sous la domination oppressive de l’occupant (ce qui reviendrait à leur faire « se convertir » aux termes des oppresseurs) ; ou, en rejetant ces deux possibilités, faire face à une extermination totale.

La bravoure, la foi et le courage du peuple de Gaza ont permis d’éliminer la possibilité de l’exil ou de la reddition ; la seule option qui leur reste, celle qu’ils accueillent chaque jour, correspond à une brutalité sans précédent de la part des forces israéliennes qui ne cesse d’intensifier leur violence.

Ce contexte n’est pas une coïncidence : il constitue l’aboutissement d’une stratégie vieille d’un siècle, qui a commencé avec l’occupation illégale de la Palestine et la création illégitime de l’État d’Israël. La responsabilité de ce carnage revient autant à Israël qu’à ses soutiens occidentaux. En réalité, l’alliance entre l’Occident et Israël reflète celle qu’on retrouve entre l’Occident et la Serbie : des méthodes anciennes et nouvelles visant toutes deux à atteindre les mêmes objectifs.

L’un des buts principaux est d’intensifier et de diversifier l’islamophobie mondiale pour limiter la seule religion vivante encore présente sur la scène planétaire : l’islam. La création d’Israël a été conçue dans la lignée de l’objectif d’affirmer et de maintenir la puissance de la Serbie en Europe.

Si la Serbie constituait un rempart contre l’expansion de l’Islam en Europe, Israël devait jouer un rôle similaire à l’échelle mondiale, dans la croisade prétendue contre l’Islam et les Musulmans, en proclamant les valeurs de la civilisation occidentale. Sa position stratégique au cœur de la région islamique s’inscrit dans une logique visant à diviser et affaiblir la région, en la préoccupant avec ses propres divisions pour l’empêcher de se concentrer sur la résistance ou la résistance à l’expansion occidentale.

Israël est ainsi déployé comme un outil occidental, un agent dans la « mission civilisatrice » — en réalité une opération de dé-Islamisation, de décapitation culturelle et d’occidentalisation.

Enfin, on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles la communauté occidentale institutionnelle, y compris ses églises, universités et organisations prétendues démocratiques et humanitaires, demeure silencieuse face à la tragédie de Gaza. Pourquoi ne font-ils pas davantage pression pour arrêter les massacres systématiques, prévenir la destruction totale du territoire et des infrastructures ?

La réponse, aussi douloureuse qu’éffrayante, réside dans la réalité que l’islamophobie est plus forte que la compassion humanitaire. Elle imprègne la psyche occidentale, qui dissimule dans l’ombre ses sympathies véritables, tout en professant un discours de solidarité, masquant ses véritables motivations.

Dans le discours du sionisme : l’absurdité de l’effacement des Palestiniens

Le fondateur du sionisme, Théodore Herzl, dans son ouvrage « Der Judenstaat » (« L’État des Juifs »), a annoncé clairement ses intentions. Son objectif était de répondre aux besoins de l’Occident en créant un État juif en Palestine, région où exerce depuis des siècles une population autochtone musulmane. Herzl n’a jamais évoqué la relation avec cette population ni la possibilité de coexistence et tolerance. Son discours tournait autour d’une vision idéalisée : il voulait pour les Juifs un territoire vide ou sans habitants — ou en tout cas marginalisés — où ils pourraient établir sans entraves leur « civilisation ».

Il imaginait un futur où les Juifs migreraient vers une terre sans peuple ou où ils seraient accueillis en héros. Il n’a jamais abordé la question de la présence autochtone ou des conséquences pour eux, ni des relations possibles avec les habitants de la Palestine. Son récit était centré sur une utopie fictive où les Juifs seraient seuls maîtres dans un espace sans résistance.

Ce paradoxe demeure dans le fait que Herzl évoque la possibilité d’un accueil des autres « croyances et nationalités » — tout en évitant soigneusement le problème de la population autochtone palestinienne. Son propos ne concerne qu’un futur utopique, sans prendre en compte la réalité du territoire à occuper.

De plus, ses discours englobaient également des sujets comme l’immigration, la colonisation, le développement urbain, l’économie, la culture et la civilisation, mais toujours dans un cadre moralement dépourvu de responsabilité ou de respect envers les populations indigènes. La question essentielle, celle des peuples déjà présents et de leur patrimoine, n’est jamais sérieusement examinée.

Les enjeux liés à la présence d’une civilisation ancienne, d’une culture et d’une institution religieuse pluriséculaire dans cette région n’ont pas été pris en compte. La vision sioniste a été construite sur des prémisses trompeuses, laissant penser qu’une occupation sans résistance était envisageable, alors que cette région était habitée depuis des millénaires.

Les zélotes sionistes savaient pertinemment qu’ils entraient sur un territoire habité, développé et riche en histoire, mais cela ne semblait pas les déranger. Tout dans leur conception implique une irrésistible expansion, sans limites géographiques ni humaines. La seule règle était la liberté totale d’appropriation, dans une conception où tout était « à prendre ».

Le nationalisme sioniste, un grand raciste nourri par l’islamophobie occidentale

Le comportement de Herzl et de ses successeurs révèle une profonde intolérance, un racisme grondant, nourri par la haine occidentale de l’Islam. Il a voulu libérer les Juifs d’un problème pour les plonger dans un autre, en leur faisant quitter leur statut d’« autres » en Europe pour devenir oppresseurs d’un « autre » dans le territoire palestinien. Il affirmait que les Juifs avaient « appris la tolérance » en Europe, mais en réalité, il cherchait à transposer dans cette nouvelle colonie les méthodes de violence et d’oppression que l’Europe avait appliquées depuis des siècles.

Les sionistes ont prévu d’imposer aux peuples de Palestine ce qu’ils ont eux-mêmes subi : une domination, une oppression et une colonisation destinée à effacer leur existence. Leur guide, Herzl, avait déjà anticipé la transformation de l’antisémitisme européen en une forme nouvelle — l’anti-Palestinien et, en filigrane, une islamophobie exacerbé. La « question palestinienne » devait devenir le nouveau visage de cette haine, une problématique que la civilisation occidentale, à travers ses alliés sionistes, entendait infliger au monde.

Pour eux, ni les Palestiniens ni leur civilisation n’étaient considérés comme une entité réelle. Ils étaient de simples idées, des inventions nuisibles. La conquête de la Palestine devenait ainsi justifiée par la prétendue « nécessité » de contrer une menace imaginaire, sans considération pour la présence historique et culturelle de ses habitants.

Ce qui est évident, c’est que, tout comme la haine antisémite européenne, la haine anti-palestinienne est alimentée par une vision raciste et déshumanisante. La présence de cette civilisation ancienne, de cette culture riche et de cette religion millénaire étaient ignorées ou dénigrées dans le seul but de justifier la dépossession et l’occupation.

Le plus troublant est que, dans ses écrits, Herzl ne mentionne jamais les termes liés à l’Islam, aux Musulmans, aux villes ou villages arabes, ni aux mosquées. La civilisation islamique, qui depuis des siècles a façonné la région, n’est ni évoquée ni reconnue, même si l’objectif était d’occuper une terre où vivent de nombreux Arabes musulmans. Autrement dit, la population indigène et ses institutions religieuses furent systématiquement effacées de la pensée sioniste, qui considérait cette terre comme un territoire vierge ou sans habitants, destiné à être peuplé uniquement par des Juifs.

Ce vide discursif et cette omission volontaire témoignent d’une conception profondément épurée de toute coexistence ou respect mutuel, et mettent en évidence que le projet sioniste reposait sur une illusion de territoire désert, dénué de ses peuples originels, et sur une volonté d’effacement systématique de leur présence.

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