Dans un article précédent, nous avons salué la résilience de la Génération Z au Bangladesh. Ces jeunes ont montré une capacité exceptionnelle à naviguer à travers l’océan d’informations, de désinformations et de fausses nouvelles qui inondent les médias sociaux ainsi que les médias traditionnels. Leur détermination à démanteler les symboles du régime oppressif de Hasina, même six mois après son renversement, témoigne de leur force et de leur persévérance.
Cependant, les récents développements concernant leur participation politique ont suscité des inquiétudes. Il est essentiel que chacun comprenne l’importance de défendre sincèrement l’esprit de la Révolution de juillet, obtenue à force de combat. Explorons ensemble comment atteindre cet objectif.
Rester informé et faire preuve de sens critique
L’information constitue la base de notre connaissance. Toutefois, la manière dont cette richesse informationnelle renforce cette base représente un défi considérable. Ce défi concerne non seulement la Génération Z, mais également les personnes de tous âges. Comment peut-on faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui est faux ? J’étais conscient de la campagne de désinformation menée par le gouvernement fasciste dirigé par Hasina, mais j’ai été impressionné par la Génération Z du Bangladesh. Ces jeunes ont conduit la révolution avec succès simplement parce qu’ils savaient que le gouvernement diffusait de fausses informations.
Je perçois notamment une forte ressemblance entre les marches de protestation sur les campus américains pour la Palestine et les activités de la Génération Z au Bangladesh. Il est largement documenté que le régime de Hasina a été installé en 2009, suite à l’intervention directe de l’Inde, qui y voyait une stratégie pour exercer son influence dans la région. Depuis lors, ce régime a consolidé son contrôle sur tous les aspects de la société, avec la bénédiction de l’Inde. Il est également bien connu que la désinformation est répandue en Inde, et je loue la capacité de la Génération Z bangladaise à identifier avec succès les manœuvres conspiratrices de l’Inde lors de leur mouvement pour faire tomber Hasina.
Il est crucial qu’ils comprennent que ceux qui propagent le mensonge ne s’arrêtent généralement pas à leurs échecs. Il leur faut donc conserver leur résilience, avancer avec précaution, tout en restant critiques et bien informés.
Utiliser intelligemment la technologie
Le principal moyen de rester informé des événements actuels consiste à exploiter la technologie pour repérer les biais présents dans les médias et dans le monde académique. Lorsqu’on partage une information sur les réseaux sociaux – pratique répandue – il faut faire preuve de prudence, car le fait de partager suppose qu’on l’approuve. Une source d’informations basée en Suède, nommée Netra News, spécialisée dans la couverture du Bangladesh, a publié un article utile expliquant comment lutter contre les fausses nouvelles. Tous les jeunes du Bangladesh devraient s’inspirer de telles analyses pour prendre conscience des biais et percevoir différentes perspectives. En plus de cela, ils doivent utiliser des outils de communication cryptés pour sécuriser leur organisation, planifier leurs actions, s’éduquer et se mobiliser.
Favoriser des réseaux solides entre personnes partageant les mêmes idées
Pour qu’une révolution réussisse, ceux qui y participent doivent développer une confiance mutuelle, qui requiert des liens forts, de la sincérité et de la transparence. Les jeunes doivent tirer profit de l’expérience des générations plus âgées, mais il est indispensable que celles-ci comprennent que les idées novatrices ne proviennent pas toujours de l’expertise. Un savoir technique avancé peut parfois inspirer des idées déterminantes. Seules des discussions ouvertes et transparentes permettront d’élaborer une stratégie efficace.
Se concentrer sur des objectifs à long terme et privilégier l’activisme pacifique
Si les victoires immédiates comptent, il est tout aussi important de travailler à des stratégies durables qui assureront un changement pérenne. La réforme du fonctionnement du gouvernement, dans un souci de responsabilité stricte et de transparence, contribuera à instaurer la confiance de toutes les parties prenantes. Les activistes doivent privilégier uniquement des actions pacifiques. Certes, il est plus facile d’en parler que de le mettre en pratique. La patience est donc essentielle pour maintenir leur engagement. Il faut également apprendre à défendre une position morale élevée afin de gagner le soutien des autres. Enfin, ils doivent faire face avec responsabilité aux injustices, car de telles actions pourraient entraîner panique et violence.
Protéger la santé mentale
L’engagement dans l’activisme peut coûter émotionnellement, pouvant entraîner dépression ou colère, qui peuvent elles-mêmes déboucher sur la violence. Pour éviter l’épuisement, les militants doivent instaurer des espaces sûrs pour le dialogue ouvert et soutenir ceux qui se sentent vulnérables.
Responsabiliser les dirigeants
Il est impératif de demander des comptes à ceux qui dirigent. Chaque individu, confronté à ses faiblesses humaines telles que l’arrogance, la cupidité ou la jalousie, doit être scrupuleusement surveillé. La communauté doit exiger une transparence totale dans la gestion des affaires de ses leaders.
Se méfier des contre-mouvements
Historiquement, chaque révolution rencontre des résistances et des contre-révolutions. Ces mouvements cherchent souvent à déstabiliser l’esprit même de la révolution. Des forces invisibles, qu’il s’agisse d’intérêts particuliers, de puissances étrangères ou d’éléments corrompus à l’intérieur de la société, exploitent parfois les faiblesses personnelles des dirigeants pour faire échouer le mouvement et atteindre leurs objectifs. La veille constante et la conscience collective de tous les acteurs permettent de préserver la révolution. Le concept de taqwa, c’est-à-dire une conscience du Dieu à cultiver en soi, tel que l’enseigne le Coran, peut aider à développer cette vigilance. En cultivant une culture de la connaissance, en restant unis, informés et résilients, la Génération Z peut continuer à impulser des changements significatifs et bâtir une société plus juste et équitable.
Comment développer une culture de la connaissance
Pour atteindre ces objectifs, la Génération Z doit adopter un mécanisme approprié. Quel pourrait-il être ? Le Coran, principal guide, insiste sur l’importance d’éveiller l’intellect et de réfléchir pour résoudre tout problème. C’est précisément cette démarche qui s’apparente à la méthode socratique, qui consiste à poser des questions : qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi ? Socrate voulait guider la jeunesse athénienne à travers cette démarche, mais ses enseignements ont menacé l’ordre établi. Nous savons tous quelles en furent les conséquences. La génération Z est capable d’intégrer ces deux méthodes, raisonnant tout en restant ouverte à la révélation divine. Leur application leur permettra de concilier raison et foi, assurant leur succès dans cette vie comme dans l’au-delà.






