Je n’ai jamais considéré le sénateur Bernie Sanders comme autre chose qu’une voix de la raison, et je le tiens en haute estime, notamment pour sa constance à s’inquiéter des souffrances du peuple palestinien.
Cependant, j’ai été profondément choqué et peiné d’apprendre qu’il ait récemment qualifié le Hamas d’« organisation terroriste », lors d’une interview diffusée par CBS News en mars 2024. Dans cet entretien, Sanders a déclaré que tant le Hamas que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu « doivent partir ».

Pour le peuple de Gaza, le Hamas et d’autres combattants de la résistance ne sont pas des terrorists. Ce sont leurs fils, filles, frères et sœurs qui protègent leur foyer et leur famille. Ces combattants ne sont pas des mercenaires tels que ceux qui servent dans l’Armée de Défense d’Israël (IDF), souvent accusés d’atrocités commises en toute impunité. Sans la résistance palestinienne sur le terrain, il est probable que l’IDF aurait infligé à Gaza des destructions encore plus dévastatrices qu’elles ne le sont déjà.
Ici, leur devise : « Le djihad jusqu’à la victoire ou le martyre » traduit un engagement spirituel et national, et non une déclaration de violence aveugle.
Je suis d’accord avec vous, sénateur Sanders, pour dire qu’il est grand temps que le criminel de guerre Netanyahu quitte ses fonctions. Mais qualifier le Hamas d’organisation terroriste ? C’est là que je m’arrête. Le Hamas est un mouvement de libération qui doit défendre les 2,2 millions de Palestiniens de Gaza depuis plus de vingt mois, sans accès à une nourriture adéquate, à de l’eau potable ou à une armement convenable, comptant principalement sur des moyens improvisés.
Le sénateur du Vermont n’a pas totalement tort, mais il n’a pas abordé les causes profondes de cette crise. Si sa véritable volonté est d’arrêter l’hémorragie à Gaza, il devrait commencer par réclamer :
- Un cessez-le-feu immédiat et durable;
- Le retrait total des forces israéliennes de Gaza;
- Un échange global de prisonniers : en libérant tous les 12 000 prisonniers politiques palestiniens en échange des otages israéliens restants;
- Une reconstruction globale de Gaza.
Il est aussi crucial de rappeler un fait essentiel souvent négligé : en mars 2017, The Times of Israel rapportait que le Hamas avait accepté en principe l’établissement d’un État palestinien basé sur les frontières de 1967. Ce revirement, par rapport à sa position antérieure visant à revendiquer toute la Palestine historique, constituait une avancée majeure. Bien que le Hamas ne reconnaisse pas encore la légitimité d’Israël, cette évolution marquée aurait dû être remarquée par M. Sanders, ce qu’il n’a pas fait.
Pour éviter toute confusion, je tiens à préciser plusieurs points :
- Le Hamas n’est pas l’ennemi des États-Unis.
- Le Hamas n’a jamais attaqué les États-Unis ni leurs alliés européens.
- Le Hamas n’a pas abattu froidement d’américains, ni tué de marins américains.
- Le Hamas n’est pas responsable de l’assassinat de la journaliste américaine Shireen Abu Akleh.
- Le Hamas n’a pas tué l’activiste pour la paix américaine Rachel Corrie.
- Le Hamas n’a pas interféré dans les élections américaines ni volé la technologie des États-Unis.
- Le Hamas ne reçoit pas 3,8 milliards de dollars d’aide annuelle des États-Unis.
- Ce n’est pas le Hamas, mais bien des colons israéliens, qui ont violemment battu à mort Saif al-Din Kamil Abdul Karim Musalat, citoyen américain de 20 ans originaire de Tampa, en Floride, le 11 juillet 2025, au nord de Ramallah, alors qu’il visitait sa famille. Ces colons ont ensuite empêché les secours de le rejoindre pendant plus de trois heures.
- C’est l’IDF — et non le Hamas — qui devrait être désignée comme groupe terroriste étranger.
Pour appuyer cette clarification, il est utile de rappeler que lorsque l’ancien soldat de l’IDF Edan Alexander a été libéré par le Hamas, c’est suite à des négociations directes avec l’administration Trump. En signe de bonne volonté, le Hamas a libéré ce soldat juif-américain sans exiger d’échange. Je n’ai pas entendu M. Sanders critiquer l’ancien président Trump pour avoir engagé le dialogue avec ce que certains qualifient de « groupe terroriste », ce qui semble hypocrite face à ses récentes déclarations.
Il est aussi essentiel de rappeler que si l’occupation israélienne des territoires palestiniens est en infraction avec le droit international — ce qui est indiscutable — alors toute forme de résistance face à cette occupation devient, par définition, légitime. Assimiler la résistance palestinienne au terrorisme revient à cautionner la poursuite de cette occupation brutale et la répression du peuple palestinien.
Mahmoud El-Youseph, freelance palestinien et vétéran de l’USAF retraité, peut être joint à l’adresse [email protected]






