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Le journaliste Bilal Abdul Kareem arrêté par les forces de sécurité syriennes

Journaliste américain Bilal Abdul Kareem, 31 janvier 2022 (Saifullah Sadik)

Les forces de sécurité syriennes ont arrêté hier le journaliste américain Bilal Abdul Kareem pendant la prière du dhuhr près de la mosquée Al-Fateh à Al-Bab, dans la campagne du nord d’Alep.

Selon des sources locales, deux véhicules de la Sûreté générale, remplis de personnel armé, ont encerclé la zone avant d’arrêter Abdul Kareem et de l’emmener vers un lieu inconnu.

Aucune déclaration officielle n’a été publiée quant aux raisons de son arrestation ou à l’endroit où il se trouve actuellement.

Abdul Kareem est une personnalité médiatique majeure en Syrie, où il vit depuis 2012 et a été un fervent partisan du soulèvement contre Bachar Al Assad.

Cependant, il a également critiqué avec prudence les nouvelles autorités syriennes dirigées par Ahmed Al Sharaa, notamment en ce qui concerne le manque de réponse aux provocations israéliennes et de coopération avec l’Occident.

Les militants locaux préviennent que l’incident pourrait indiquer le début d’une campagne plus large ciblant les personnalités et les critiques des médias, dans un contexte d’inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la dissidence dans les zones influencées par le gouvernement syrien.

Chroniqueur de la guerre syrienne

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Bilal Abdul Kareem est l’un des journalistes les plus connus issus de la guerre en Syrie, connu pour ses reportages sur le terrain dans les zones contrôlées par l’opposition, à une époque où peu de journalistes occidentaux étaient présents.

Américain converti à l’islam, il est arrivé en Syrie en 2012 et a passé des années à documenter le conflit du point de vue de ceux qui vivent sous les bombardements du régime d’Assad. Son travail, diffusé par les principaux médias internationaux ainsi que par sa propre plateforme, On the Ground News, a fait de lui une voix éminente du soulèvement syrien.

Dès le début, Abdul Kareem soutenait clairement la révolution syrienne qui s’opposait au régime de Bachar al-Assad et soulignait la violence du régime contre les civils. Ses reportages se sont constamment concentrés sur les frappes aériennes, les sièges et le bilan humanitaire de la guerre, en particulier dans des endroits comme Alep et Idlib.

Ce positionnement, combiné à sa présence de longue date au sein des factions de l’opposition, a conduit beaucoup à l’associer étroitement à la cause anti-Assad.

Ahmed al-Sharaa a été nommé président par intérim de la Syrie le 29/01/25.

Cependant, la position d’Abdul Kareem n’a jamais été celle d’une loyauté inconditionnelle envers le pouvoir, même lorsque ce pouvoir faisait partie de la révolution. Cela est devenu indubitablement clair dans ses relations avec Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), le groupe qui gouvernait une grande partie d’Idlib et était dirigé par Ahmed al-Sharaa, aujourd’hui président syrien.

En 2020, il a été détenu pendant plus de six mois par le groupe à la suite d’informations et de commentaires critiquant sa gouvernance.

Après sa libération, Abdul Kareem a parlé ouvertement de la détention arbitraire, des abus et de l’absence de procédure régulière dans les prisons gérées par HTS. Il s’est demandé si le remplacement de l’autoritarisme d’Assad par un autre système irresponsable pourrait un jour atteindre les objectifs de la révolution syrienne.

Après la chute du régime d’Assad en décembre 2024, Abdul Kareem a exprimé son ferme soutien aux nouvelles autorités syriennes, saluant particulièrement leurs efforts pour demander des comptes aux personnalités de l’ancien régime devant les tribunaux de la charia et soulignant les horreurs du régime d’Assad.

Cependant, à la mi-2025, son attitude a évolué vers une critique et un scepticisme croissants à l’égard du gouvernement actuel d’Ahmed al-Sharaa. Il a accusé à plusieurs reprises les autorités de perpétuer des injustices similaires à celles du régime Assad, telles que la torture, les disparitions forcées, les détentions illimitées sans procès et les exécutions extrajudiciaires.

Il soutient que la révolution visait à établir la justice islamique, et non à répéter des pratiques oppressives ou à s’aligner sur les intérêts occidentaux, et prévient que sans véritable réforme, la Syrie pourrait connaître un sort pire que sous Assad.

Il a également remis en question la gestion par le gouvernement de la présence militaire étrangère, comme les forces américaines, et le manque de réponse à l’agression israélienne, ainsi que des politiques plus larges qu’il considère comme trop pragmatiques.

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