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2025 : Une année de violence croissante contre les musulmans indiens alors que l’extrémisme hindou prospère

Parti BJP. Crédit éditorial : Talukdar David / Shutterstock.com

Si 2025 a révélé quelque chose d’inconfortable dans la trajectoire de l’Inde, ce n’est pas l’arrivée de quelque chose de nouveau, mais la normalisation de ce qui n’aurait jamais dû devenir acceptable : L’islamophobie, les discours de haine, les punitions collectives violentes et le silence institutionnel ont transformé la discrimination, déclare notre correspondant en Inde.

Pour de nombreux musulmans indiens, cette année n’a pas été une rupture soudaine. Cela ressemblait à la continuation et à la consolidation d’un modèle dans lequel l’injustice n’avait plus besoin de justification élaborée. Cela s’est produit simplement, à la vue de tous, et de plus en plus sans contestation.

Ce qui distingue 2025 n’est pas l’ampleur des incidents individuels, mais leur prévisibilité. L’humiliation publique, le profilage, les sanctions sélectives et le blâme collectif sont devenus des expériences routinières plutôt qu’exceptionnelles.

Chaque nouvel épisode de discrimination ou de violence semblait susciter moins d’indignation que le précédent. Ce qui choquait autrefois la conscience nationale a commencé à passer pour une nécessité administrative ou une stratégie politique.

Peut-être qu’aucun symbole ne reflète plus clairement ce changement que le recours continu aux démolitions au bulldozer. Initialement conçues par les autorités comme une mesure contre les « constructions illégales », les démolitions ont été effectuées à plusieurs reprises immédiatement après des tensions communautaires ou des allégations de violence.

Dans la pratique, ils ont massivement ciblé les quartiers, les habitations et les petites entreprises musulmans. Les tribunaux sont intervenus dans certains cas, rappelant qu’une procédure régulière ne peut être remplacée par le spectacle, mais le message sur le terrain était déjà clair : la punition pouvait être collective, rapide et publique, avant même que la culpabilité ne soit établie.

Musulmans indiens. Crédit éditorial : SUDHANSHU KESARWANI / Shutterstock.com

À cet effacement physique s’ajoute un effacement rhétorique. Le discours de haine, autrefois confiné aux marges, est devenu encore plus répandu en 2025. Les élus, les personnalités religieuses et les militants politiques ont utilisé un langage qui présentait ouvertement les musulmans comme des menaces, des infiltrés ou des dangers démographiques.

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La rareté des conséquences comptait autant que le discours lui-même. Le silence des dirigeants des partis, les réponses tardives des régulateurs et la faiblesse de l’application des mesures ont montré qu’une telle rhétorique n’était plus disqualifiante. C’était de plus en plus utile sur le plan électoral.

Ce climat a inévitablement alimenté la violence sur le terrain. Les crimes haineux, les lynchages et les attaques collectives n’ont pas disparu ; ils ont persisté sous des formes à la fois dramatiques et banales. Même si chaque cas était différent, le modèle de justice restait tristement familier. Les enquêtes étaient lentes, les responsabilités inégales et, dans de nombreux cas, la charge de la preuve semblait plus lourde pour les victimes que pour les auteurs. Le sentiment d’impunité qui en résulte a accru la peur, non seulement de la violence elle-même, mais aussi des institutions censées la prévenir.

Le rôle de certaines sections des médias ne peut être ignoré. De larges pans d’informations télévisées ont continué d’amplifier les récits islamophobes, présentant les musulmans principalement comme des suspects, des étrangers ou des méchants complices. Des échecs complexes en matière de gouvernance, du chômage à l’inflation, ont souvent été détournés vers des débats identitaires. Les cris en studio ont remplacé l’examen minutieux et la polarisation communautaire a généré des audiences. L’effet cumulatif n’a pas été une simple désinformation, mais une refonte de l’imagination du public.

La réponse institutionnelle a été tout aussi troublante. L’action de la police, les décisions administratives et les agences d’enquête se sont souvent révélées hésitantes, sélectives ou silencieuses lorsque les musulmans étaient concernés. Même si cette tendance n’était pas universelle, elle était suffisamment cohérente pour éroder la confiance. Pour des citoyens censés être égaux devant la loi, les préjugés perçus peuvent être aussi préjudiciables qu’une discrimination avérée.

Un rassemblement Hindutva.
Crédit éditorial : arindambanerjee / Shutterstock.com

À l’approche des élections, l’utilité politique de l’altérité est devenue plus difficile à dissimuler. Les musulmans ont été invoqués à plusieurs reprises comme un raccourci : blâmés pour les problèmes sociaux, provoqués pour consolider les majorités ou entièrement effacés des discussions sur le bien-être et le développement. Les questions de fond, l’emploi, les services publics, la hausse du coût de la vie, ont été mises de côté au profit de discours polarisants qui réduisaient la citoyenneté à l’identité.

Cette année a également été marquée par le recours continu à l’ordre public et aux cadres de sécurité nationale d’une manière qui a affecté de manière disproportionnée les musulmans. La surveillance, les arrestations et les batailles juridiques prolongées sont devenues partie intégrante du quotidien de nombreuses familles, créant un climat de surveillance constante. Même lorsque les affaires échouaient, le processus lui-même fonctionnait comme une punition.

Et pourtant, 2025 n’a pas été seulement une histoire de victimisation. Ce fut aussi une année de résilience. Les communautés musulmanes, souvent dotées de ressources limitées, ont continué à résister par le biais des tribunaux, des efforts de secours locaux, du journalisme indépendant et d’actes discrets de solidarité. S’exprimer a eu un coût personnel, mais le silence n’était pas universel, pas plus que le désespoir.

En ce sens, 2025 ne doit pas être lu comme une clôture, mais comme un avertissement. La trajectoire n’est plus ambiguë. La question à laquelle l’Inde est confrontée n’est pas de savoir si ces schémas existent, mais combien de temps les institutions démocratiques pourront résister à leur normalisation, et si la société dans son ensemble choisit d’intervenir ou de détourner le regard.

Les musulmans indiens n’ont pas perdu espoir en 2025. Ce qui a changé, c’est que l’incertitude, la peur et la résistance sont devenues partie intégrante de la vie quotidienne. Cette réalité, une fois acceptée comme une routine, devrait inquiéter quiconque croit que la citoyenneté, la dignité et la justice sont indivisibles.

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